Le jour où un simple défi a réveillé mon envie d'entreprendre
Un appel, un confinement, un défi entre amis. En 2020, sans le savoir, je lançais mon tout premier projet entrepreneurial.

En 2020, ma vie professionnelle suivait un chemin rassurant. Je travaillais dans une entreprise d'immobilier commercial, j'aimais mon poste, mes journées étaient bien remplies et, objectivement, tout allait bien. Pourtant, au fond de moi, une petite flamme ne cessait de brûler. Celle de l'entrepreneuriat. Une envie diffuse, jamais totalement assumée, mais toujours présente.
Puis est arrivé le mois d'avril. Le monde s'est arrêté. Le Covid a imposé le télétravail, les journées se sont étirées différemment, et les conversations ont pris un autre ton. C'est à ce moment précis que j'ai reçu un appel qui a tout changé.
Mon ami Yassine Rochd, fraîchement lancé dans l'entrepreneuriat, me contacte. La discussion est simple, presque banale, jusqu'à cette phrase qui va résonner longtemps dans ma tête :
« Vincent, si tu ne développes pas verbos-irregulares-ingles.com, je le ferai pour toi. »
Ce fut un déclic immédiat. Pas une révélation mystique, mais une piqûre d'orgueil mêlée à une excitation profonde. Pourquoi ce domaine dormait-il dans un coin de mon esprit ? Pourquoi ne rien en faire alors que, quelque part, il symbolisait déjà une intention ?
La réponse remonte à bien avant 2020. J'avais acheté ce nom de domaine après avoir été inspiré par François Grante. Pendant ses études, il avait créé un site dédié aux verbes irréguliers en français, devenu au fil des années une référence incontournable. Son parcours m'avait marqué. Sans m'en rendre compte, j'avais planté une graine en achetant ce domaine, sans jamais l'arroser.
Le défi de Yassine a fait le reste. J'ai décidé de me lancer. Pas de business plan complexe, pas de stack technique sophistiquée. Juste mes soirées et mes week-ends de 2020, un éditeur de code, et une idée claire : faire simple et utile.
Le site verbos-irregulares-ingles.com est né ainsi. Une page presque minimaliste. Une liste de verbes irréguliers en anglais, un filtre, la traduction, la prononciation, un petit exercice interactif, et quelques pages PDF à télécharger pour réviser hors écran. Rien de plus. Du HTML, du CSS, un peu de JavaScript, et surtout, aucune surcouche inutile. Un site statique, rapide, hébergé et déployé sans friction.
Contre toute attente, le projet a trouvé son public. Rapidement, je l'ai monétisé avec Google AdSense. Le modèle est on ne peut plus simple : des publicités au clic, affichées automatiquement. Quelques euros par jour ont commencé à tomber. C'est probablement le business le plus passif qui soit : une fois le site en ligne et les pubs configurées, il n'y a littéralement rien à faire. Les revenus arrivent, mois après mois, sans intervention. Ce ne fut pas une révolution financière, mais une révolution personnelle. Voir un projet né sur mon temps libre générer ses premiers revenus a profondément marqué ma vision du travail et de la création.
Porté par cet élan, j'ai décliné le concept en plusieurs langues : en roumain et en portugais. Mais jamais en français. Par respect. Je ne voulais pas entrer en concurrence avec le site de François Grante, qui domine les résultats de recherche depuis plus de dix ans sur la requête "verbes irréguliers anglais". Et honnêtement, je suis convaincu que dans dix ans encore, son site sera toujours là, solidement installé en tête.
Ce projet, aussi simple soit-il, a été mon premier pas concret dans l'entrepreneuriat. Il ne cherchait pas à révolutionner le web, mais il m'a appris une chose essentielle : il suffit parfois d'un défi, d'un moment suspendu, et d'une idée imparfaite pour commencer.
Et souvent, commencer change tout.